Montpellier a besoin d’écologie en vrai. Elle ne sera pas le laboratoire de la « pastèque »
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La décision prise par EELV de retirer, à titre conservatoire, son soutien et son logo à la tête de liste « L’écologie en commun » a suscité beaucoup d’interrogations. Cette décision inédite, prise à l’unanimité du Bureau Exécutif national réuni le 18 janvier, est grave et difficile. Elle n’a pas été prise à la légère. Elle témoigne d’une profonde rupture de confiance entre la tête de liste et les militant-es écologistes de Montpellier. Elle témoigne également de la responsabilité d’un parti capable de décisions courageuses, même si elles sont douloureuses, pour faire prévaloir les valeurs de l’écologie politique. En particulier, faire primer le sens du collectif et la sincérité des engagements écologistes sur les ambitions personnelles et la tactique politicienne.

Depuis plusieurs semaines, la campagne avait subi une lente dérive sous l’influence grandissante, auprès de la tête de liste, de dissidents locaux de la France Insoumise. Au point d’imposer, de manière unilatérale, contre l’avis de la direction de campagne EELV et sans l’accord préalable des militant-es écologistes de Montpellier, une alliance avec le collectif Confluence, fraction locale de la France Insoumise composée de diverses mouvances de la gauche radicale : Ensemble, Parti de Gauche, Réseau Fakir (proche de François Ruffin).Ce coup de barre à gauche toute, à marche forcée, en rupture avec la volonté collective des militant-es écologistes de Montpellier, s’est traduit par l’annonce, début janvier, d’un changement de nom de la liste passant de « L’écologie en grand » à « L’écologie en commun », référence explicite au programme de la France Insoumise « L’avenir en commun ». S’en est suivie l’éviction sans préavis du directeur de campagne EELV et l’installation d’une nouvelle équipe dirigée par plusieurs personnalités engagées pour la France Insoumise.

Cette stratégie d’alliance avec la gauche de la gauche rompt avec la volonté exprimée par les militant-es d’EELV lors de leur dernière assemblée générale, seule instance collective souveraine pour décider des choix stratégiques du mouvement.

Rappelons les faits.

Le 1er juillet dernier, les militants d’EELV Montpellier réunis en assemblée générale ont adopté à 98% une motion d’orientation stratégique validant le principe de constitution d’un rassemblement citoyen pour l’écologie et d’une liste autonome pour les élections municipales. Par ces termes, EELV a souhaité réaffirmer l’ambition d’un large rassemblement autour d’un projet 100% écolo pour Montpellier. Un rassemblement de tous les mouvements de l’écologie politique, un rassemblement ouvert aux citoyens engagés, toutes et tous uni-es autour d’une priorité : faire gagner l’écologie à Montpellier!

Et c’est bien dans le respect de cette stratégie collective que les débats de la primaire écologiste se sont inscrits. Dans le dépassement des clivages droite gauche et dans l’affirmation d’une écologie politique indépendante, capable de fédérer largement autour de l’urgence à agir pour le climat, la santé et l’environnement.

Le 21 octobre dernier, au lendemain de la primaire dont le binôme Ollier/Reynaud sortait vainqueur, paraissait un communiqué de presse sur papier à entête de l’Assemblée Nationale, émanant de la députée FI Muriel Ressiguier. Ce communiqué, notamment signé par François Ruffin (FI) et Clémentine Autain (Ensemble), appelait, depuis Paris, à l’union des forces rouge et verte à Montpellier. Une union de la gauche de la gauche et de l’écologie, autour d’un mot d’ordre : construire une liste « pastèque« . Verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Verte en apparence, rouge en consistance.

En clair, Montpellier devait servir de laboratoire à la stratégie nationale d’alliance rouge et verte promue à Paris par l’entourage de François Ruffin et Clémentine Autain, en vue des prochaines échéances électorales.

Ce communiqué a marqué le début d’une entreprise de noyautage et de main mise progressive sur la campagne par un groupe de dissidents de la France Insoumise. Des contacts se sont multipliés avec la tête de liste. Au point qu’une équipe de campagne officieuse s’est mise en place, supervisée par un proche de François Ruffin, théoricien de la liste « pastèque ». Cette nouvelle équipe de campagne a milité pour un accord rapide avec le collectif Confluence avec notamment pour objectif de réclamer le logo de la France Insoumise contesté à la liste du collectif Nous Sommes.

Car non seulement la campagne devait servir de laboratoire à la stratégie nationale dite de la « pastèque », mais elle était mise également au service d’une lutte interne à la France Insoumise entre, d’un côté, la tendance Mélenchon qui a renouvelé son soutien à la liste Nous Sommes à Montpellier et, d’autre part, la tendance Ruffin qui, avec l’appui de la députée Muriel Ressiguier, visait à imposer, coûte que coûte et au mépris de la volonté des militant-es écologistes de Montpellier, une alliance avec EELV.

Dépossédés de leur campagne désormais instrumentalisée au bénéfice d’une fraction de la France Insoumise, freinés dans l’affirmation de mesures phares du programme écolo (sortie du diesel, réduction de la place de la voiture en ville) pour les militants écologistes de Montpellier c’en était trop. Les Écologistes de Montpellier refusent d’être les otages des luttes internes aux Insoumis.

Le vert ne saurait être un travestissement, un simple sésame pour ouvrir les portes de l’Hôtel de Ville.
Montpellier a besoin d’écologie en vrai. Elle ne sera pas le laboratoire de la « pastèque ».

Saisi par des adhérent-es montpelliérain-es, le Bureau Exécutif national a mené une mission de médiation. Les membres du BE qui ont conduit la mission de médiation l’ont fait sans pression ni a priori, il et elles ont entendu toutes les parties avant de livrer leurs propositions. Les demandes étaient simples : partager la direction de campagne avec des écologistes, remettre des candidat-es et des propositions écologistes en avant. Même cela n’a pas été accepté. La décision unanime a donc été le retrait du soutien d’EELV à Clothilde Ollier.

Comme l’a rappelé Julien Bayou, l’ambition individuelle ne peut s’affranchir du collectif.
La fonction de tête de liste n’est pas un exercice solitaire, elle exige le respect des engagements pris vis à vis du collectif. Le rassemblement des écologistes, impulsé par EELV, avait désigné un binôme, dont Manu Reynaud, brutalement écarté de la direction de campagne par une décision unilatérale. L’Assemblée Générale souveraine avait défini un cap : celui d’une écologie indépendante dépassant les clivages droite gauche.
La décision d’EELV est un message fort envoyé aux électeurs et électrices sur l’éthique en politique : il ne s’agit pas de gagner des élections à n’importe quel prix et avec n’importe qui.
Il s’agit de transformer nos villes, mais aussi nos pratiques, qui ne peuvent s’accommoder des décisions unilatérales d’un « chef ». La décision du bureau exécutif, saisi par les militants et responsables du groupe d’animation EELV Montpellier, nous délivre un message clair : pour prétendre gouverner une ville, il faut se présenter devant les citoyen-nes avec une équipe et des engagements cohérents, transparents. Une coalition de dissidents aux options politiques parfois diamétralement opposées (un accord a également été imposé avec Les Radicaux de Gauche dont les membres faisaient campagne quelques semaines plus tôt avec Mohed Altrad) ne permet pas de construire un contrat de gouvernance clair, ni une future majorité responsable.

Il revient désormais aux militant-es écologistes de Montpellier de décider de l’orientation stratégique, des membres de la liste et de la tête de liste qui représenteront EELV à l’élection municipale des 15 et 22 mars prochains.
Une assemblée générale se réunira pour cela le mardi 4 février.

Sans attendre, la campagne du rassemblement des écologistes se poursuit autour de ses valeurs et de son projet pour Montpellier, en partenariat avec les mouvements écologistes déjà engagés en son sein, Génération Écologie et le Parti Animaliste qui ont renouvelé, sans ambiguïté, leur plein soutien à la dynamique initiale du rassemblement.

Pour une écologie sincère et sans compromission. Pour une écologie en vrai !

Coralie Mantion et Manu Reynaud,
Porte-paroles d’EELV Montpellier